Contempler un ciel étoilé est un de ces plaisirs qui vous élèvent pour une poignée de secondes au-dessus des hommes. Pour contempler un beau ciel étoilé, ne le regardez pas la nuit(et non…),mais plutôt le matin.
Tôt et en automne.
Je vous recommande chaudement de lever la tête vers les astres autour de 7h du matin, deux ou trois jours après le 21 Septembre. Si vous avez de la chance, vous verrez l’un des plus beaux tableaux que la Natureexpose.
Et cette vision vous donnera des ailes durant quelques instants, suffisamment pour que vous arrachiez votre esprit aux troubles de ce monde, et vos pieds de l’attraction terrestre.
Ensuite, peu importe où vous serez, au boulot, dans votre lit, au pub ou dans votre salle de bains, vous ne vous en rappellerez peut-être pas, mais il suffira simplement que vos paupières s’abaissent pour que vision influe positivement sur votre humeur, et se retrouvera dans votre comportement, même en ayant oublié le tableau original.
Puisque nous y sommes, lorsque vous serez sous cette peinture étoilée, il vous faut de la musique pour accompagner cette vision ou ce souvenir, et je ne saurais trop vous recommander d’écouter les titres du groupe Radiohead…Croyez-moi, ça vaut vraiment le coup !
Il suffit que j’écoute les premières notes d’unWolf at the Doorou bien les sons qui amorcentFog,pour qu’immédiatement, je me remémore ce Mercredi automnal et cette vue du ciel que j’ai eue en descendant de mon tramway.
À croire que Thom Yorke et sa bande ne composent que sous un ciel étoilé.
Des nuances de gris, de bleu, de violet, et de jaune, et le tout émaillé par des champs d’étoiles dont on n’aurait pu dire, à en juger par leur pâle lumière si elles étaient naissantes ou mourantes.
Une vue du ciel entourée par les feuilles brunies des arbres, qui délimitaient un cadre des plus naturels à cette toile cosmique.
Peut être est-ce un souvenir déformé par mon imagination, des images que j’aurais superposées à celle que mon esprit à choisi de retenir ce matin là.
There's a little child
Running round this house
And he never leaves
Peut-être que la vue d’un film ou l’écoute d’une musique aura bouleversé ce paysage que je garde accroché dans un coin de mon esprit, afin de me plonger dans sa contemplation méditative lorsque l’envie me prend, de m’échapper quelques instants de cette réalité, de la plus douce des manières.
Douceur.
Immatérialité.
Peut-être que ce ciel d’automne auquel j’attache tant d’importance n’est un fantasme d’un ciel idéal, et que sur un ciel déjà magnifique, mon imagination aura donné quelques coups de pinceaux supplémentaires.
He will never leave And the fog comes up from the sewers And glows in the dark
Ou peut-être qu’à l’inverse,malgré tous mes efforts, n’aurais-jeréussi à conserver qu’une pâle copie d’un fabuleux spectacle qui m’a été offert, à moi.
Moi, rêveur qui se sera hasardé à lever la tête avant d’aller affronter sa journée.
Qui sait ?
P.S : Je devrais écrire quelque chose sur la Musique moi. Vraiment.
Lire un livre, oui mais où ? Quand ? Comment ? Avec qui ?
Seul ?
Oui, seul, lorsque vous serez plongé au milieu d’une lecture, la foule s’évaporera, et vous vous retrouverez seul avec l’auteur(En l’occurrence, moi. Je ne sais pas si vous avez du bol sur ce coup là.)
Comment ?
Une
position confortable, en général assise ou allongée, mais rien ne vous empêche de vous mettre autrement, pour peu que vous vous sentiez à l’aise.
Sans musique ou avec ?
Comme vous le sentez, il se peut que vous ne l’entendiez même plus passé quelques pages…
Écoutez L’Hymne à la Joie, de Beethoven en lisantLa confusion des sentimentsde Stephan Zweig, et vous aurez un bon aperçu de ce que le mot bonheur peut vouloir dire. En revanche, pourL’Homme qui ritde Hugo, point de musique. Le tourbillon d’image, d’émotions, de couleurs et d’univers qui palpite dans ses œuvres est un concert à lui tout seul, et toute autre mélodie serait donc superflue.
Pour (ma modeste) part, je ne saurais quoi vous conseiller. J’ai l’habitude d’écouter de la musique dès que j’en ai l’occasion, et je n’ai pas dérogé à mes habitudes en écrivant ces lignes. Vu que j’ai écouté à peu près tout (mais pas n’importe quoi !), je vous dirais simplement de choisir ce qu’il vous conviendra le mieux, sans vous en souciez d’avantage.
Asseyez vous un instant ! Oui, vous, et oui, juste ici ! Laissez la vitesse et l’empressement aux gens pressés, vous n’en avez plus besoin désormais. Avez-vous jamais remarqué ? Plus l’on se dépêche (mode) et plus le temps passe vite. Quelle utilité dans ce cas ? Alors prenez votre temps, et ne le dilapidez pas à courir inutilement ici et là, de toute façons, la course de vos pas sera toujours plus lente que celle de la montre ou du grain de sable.
Vous voilà calmé ? Presque ? Ah, et bien c’est déjà ça..Envoyez valser agendas, rendez-vous d’affaires et horaires. Prenez vous du temps, payez vous le luxe d’emprunter ne serait-ce qu’une heure à votre journée, vous serez déjà riche.Et en temps de crise, nous savons tous qu’il n’y a pas de petits profits, pas vrai ?
Ensuite, installez vous dans un coin de verdure, si possible au pied d’un arbre, le séant dans l’herbe. N’ayez crainte qu’une fourmi ou autre bestiole du genre vous grimpe dessus, vous ne risquez pas grand-chose, sauf si vous y êtes allergique. Vous voyez donc que vous ne risquez presqu…
« …Comment, quelle heure est-il ? Euh, il est 17h49 monsieur. De rien, bonne journée à vous aussi … »
Ah, c’est vrai, j’avais dit il y a un moment, que la foule n’existait pas, mais j’oubliais le risque d’être dérangé par un passant qui vous demandera du feu ou son chemin. Le dérangement joint à l’agacement vous feront porter un œil noir sur l’œuvre que vous tiendrez dans vos mains, ce qui est regrettable, donc prenez le soin de vous isoler au pied d’un arbre ou d’un autre endroit tranquille.
En revanche, j’aime peu lire dans un endroit que je juge trop bétonné, cela me donne l’impression de rencontrer l’auteur dans un sarcophage de béton armé.Et je trouve cela un peu triste.
Mais éloignons-nous de cette Saqqarah citadine, et revenons à notre arbre.
Contemplez un instant le jeu d’ombres et de lumières, pour peu que vous en ayez un, avant de contempler l’écrit lui-même. Et faites moi la grâce de lire sur un livre en papier et non sur un écran d’ordinateur portable dernier cri. Pour deux raisons, de une, ce « cri » finira par s’éteindre dans la Nature(tiens donc…)et de deux, le jeu de lumières dépeint sur le papier vous procurera un certain régal avant même d’avoir commencé la première ligne.
Vous comprendrez ainsi le plaisir que j’attache au livre papier. D’ailleurs, le papier, provient du bois, et en botanique, les arbres étant jusqu'à preuve du contraire faits de bois, la Nature marque l’essai.
Nature 5 – 0 Technologie.
D’ailleurs, pour donner une chance à la Nature d’enfoncer le clou, le souffle d’une brise faisant frémir l’herbe autour de moi , faisant brièvement bruisser le coin de ma page et voleter mes cheveux sur mes oreilles est comme le fruit rouge au sommet d’une pâtisserie…
Le summum, l’apothéose d’un plaisir mais témoignant du délicat raffinement de Gaïa.
Pour preuve, essayez vous-même de reproduire une telle brise avec votre souffle, ou à l’aide de tout autre artifice, vous n’y arriverez pas.
Ah, quelle ironie ! Nous pouvons envoyer un tas de ferraille sur Mars, ou tenter de prouver l’existence dela particule de Dieuavec un cercle truffé de haute technologie de 24km de diamètre, mais nous sommes impuissants à reproduire une simple brise. Mais oui, oui, nous avons maîtrisé les éléments….
La Nature transforme l’essai. 7 -0.
Enfin, je m’éloigne quelque peu du sujet de base (pas tant que ça en fait)…
Heu, de quel sujet parlait-on déjà ?Ah oui, notre bon vieil arbre.
Allons, si vous lisez tel que je vous le conseille, autant que je vous livre un de mes petits secrets,de toutes façons, ça restera entre vous et moi, pas vrai ?
Le truc en question, c’est de savourer une boisson chaude lorsque l’on lit un bon livre, même si on est en plein été, croyez moi, c’est un régal. Un peu comme un bon vin, lorsqu’il est judicieusement choisi accompagne un bon repas.
Sentir la chaleur au creux de vos mains, tout en vous enivrant de l’arôme qui s’émane en volutes…Un vrai plaisir vous dis-je.
Enfin, bref.
Reprenons.
Nous voilà donc tranquillement calés. Vous comme moi, car si vous lisez accompagné d’une boisson chaude, j’ai écrit ces lignes en ayant fait de même.
Un cappuccino pour ma part.
Ma nouvelle addiction.
Le grand cru idéal pour savourer un grand écrit, qu’il soit hugolien, baudelairien ou kafkaïen. Mais si ceux là ne vous plaisent pas, je vous en prie, ne vous gênez pas pour en trouver d’autres. Enfin veillez à votre porte monnaie, nous sommes en temps de crise comme on l’entend partout, et l’accès à la culture coûte cher. De plus en plus cher. Et ça ne choque presque personne ?
Voilà pourtant un vrai fléau, pas vrai ? Au même titre que le réchauffement climatique. Ou la pénurie de chocolat.
Je me suis toujours demandé pour quelles raisons les gens ne peuvent distinguer Superman de Clark Kent, le journalise du Daily Planet.
Il lui suffit en effet de s’affubler d’une paire de lunettes tout ce qu’il y a de plus quelconque, et hop! Plus personne n’est capable de reconnaître le super héros kryptonien, qui peut lui circuler incognito dans la rue, et aller à son boulot. Ou se payer un hot-dog comme n’importe lequel des concitoyens qu’il protège.
A croire que ces pauvres lunettes, qui je suis sur, ne sont même pas des lunettes de vue, permettent de se fondre dans l’anonymat aussi rapidement que neige fond au soleil. Et cela me laisse rêveur.
J’ai pourtant essayé, il n’y a pas si longtemps, j’ai enfilé un sous-vêtement rouge pétard par-dessus quelques fringues bleues. J’ai posé mes lunettes, qui me servent habituellement à soigner ma myopie, et je suis sorti dans la rue, le regard dur et empli de justice, le torse bombé à l’idée du devoir, un vieux drap, promu en cape pour l’occasion, claquant fièrement au vent, tel l’étendard de ma détermination.
Pourtant, à peine avais-je fais quelque pas en tant que nouveau protecteur de la ville, que la honte s’abattit sur moi telle une pluie de météorites.
Il était évident que chacun avait pu me reconnaître en dépit des lunettes soigneusement posées sur mon bureau, nul besoin de détenir une super-vision pour pouvoir s’en rendre compte. La risée dont je fus l’objet me rendit aussi vulnérable et affaibli que si j’avais été exposé à un bon gros bloc de kryptonite verte…
Tandis que mon amour-propre récupérait de ses cruelles blessures(et mon postérieur aussi, il faut dire que je me suis quelque peu pris les pieds dans ma cape lors de ma fuite éhontée)je réfléchissais : lorsque les hommes d’état souhaitent se déplacer de manière la plus sécurisée possible, ne leur suffirait-il pas d’enfiler ces fameuses lunettes pour réduire drastiquement les risques qu’ils encourent ?
Même principe pour les stars : on se procure une telle paire et paf ! On goûte aux joies de l’anonymat le plus complet, on se surprend à redevenir un citoyen lambda parmi tant d’autres…
Mais un constat beaucoup plus grave vint à interrompre mes rêveries ophtalmologiques : si de telles lunettes garantissaient l’anonymat le plus complet, les malfrats du monde entier rêveraient de mettre la main sur ledit objet, afin de pouvoir commettre leurs plus basses exactions sans ne jamais s’inquiéter du fait que la Justice leur tombe dessus.
Les polices du monde entier feraient chou blanc lors des recherches de suspect, elles ne pourraient identifier l’auteur d’un braquage ou d’une agression, voire bien pire car ils suffiraient que le ou les auteurs chaussent les fameux verres afin de s’assurer de leur impunité !
Deux constats sont donc à faire :
On ne peut que se réjouir que les fameuses lunettes qui garantissent l’anonymat de Superman n’existent que dans l’univers créé par DC Comics, pour les raisons que je viens de citer juste au dessus.
Le second est qu’à mon avis, les habitants de Métropolis ne sont que des sacrés imbéciles pour ne pas se rendre compte une supercherie aussi simple à déceler.
On peut tromper une fois mille personnes, mais pas mille fois une personne. Oui, mais non. Superman lui y arrive.Si l’on trace un parallèle entre New York et Métropolis, on peut estimer la population de cette dernière à environ 8 143 200 personnes, voire sûrement plus.
Superman réussit donc à piéger quotidiennement plus de 8 millions de personnes. Après tout, peut-être est-ce du à son sang kryptonien ? Et vous imaginez s’il avait choisi la même voie que Danny Ocean ? N’ayez pas peur, imaginez un peu l’escroc qu’il aurait pu être ; puisqu’il trompe autant de gens avec une paire de binocles, il ferait un malheur s’il disposait des techniques d’arnaques habituelles que possèdent les escrocs terriens, et ceux-ci pourraient aller se rhabiller.
Mais, Dieu merci, (Ndla : de rien.), Superman a bien été élevé par ses parents, qui bien qu’étant terriens, ont réussi à éduquer le petit kryptonien. Ils ont juste du oublier le chapitrePaire de lunettes et usurpation d’identités mais bon, que voulez-vous, personne n’est parfait, et c’est pour cela que l’on rajoute des gommes au bout des crayons.
Toutefois, si vous aussi vous possédez une ferme et un coin de terre dans le Kansas, et que vous aussi vous avez adopté un enfant suite à une pluie de météorite, de grâce, ne négligez pas ce chapitre, d’ici quelques années, l’économie mondiale vous en sera reconnaissante.
Je m’éveille péniblement, j’allume le ventilateur situé à coté de mon lit, je file me faire une tasse de café, avant de replonger vers la douce quiétude de la couette.
D’un coté, ma tasse de café bien chaude, dont je sens l’odeur au creux de mes narines et la chaleur au bout de mes doigts. Muspellheim. Le monde du feu dans la mythologie scandinave.
De l’autre, le souffle froid du ventilateur le long de ma plante de pied, et accessoirement, le long de mon mollet, ce qui me donne la chair de poule. Neiflheim. Le monde de glace, toujours chez les scandinaves
Et au milieu…moi. Midgard. Le royaume humain, intermédiaire et ambivalent au possible.Et non je n’ai pas consommé d’alcool pour avoir des idées pareilles.Pas encore en tout cas.
Neuf fois sur dix, de telles idées me viennent lorsque je m’installe tranquillement dans un endroit que je juge propice à l’écriture. Mais il arrive de temps à autre que l’inspiration s’invite dans mon cerveau, un peu comme un ami qui vous appelle pour passer chez vous, alors qu’il est déjà devant la porte. Et je ne refuse jamais à mon inspiration l’autorisation d’entrer et de faire comme chez elle.
Et là, peu importe ou presque où je suis et ce que je suis en train de faire. Que je sois en pleine rue, chez moi ou chez des amis, voire même en train de suivre des cours. Il faut que je couche ma pensée à l’écrit, que cela soit sur du simple papier, sur mon portable, ou même sur un journal, et peu importe pour ceux qui se trouvent autour de moi.
Mais passons vite cette digression, et revenons à mon lit, ma tasse ce café et à mon ventilateur.Enfin quand je dis revenons, vous, vous y repensez juste, moi je m’y trouve.
Me voilà donc Midgard, entre le souffle givré du Neiflheim et l’onde brûlante du Muspellheim,en train de reposer paisiblement dans mon lit, qui à l’instar du légendaire Yggdrasil, l’Arbre-Monde soutient les neuf mondes.
Hélas, le réveil annonce le Ragnarok, la grande destruction des mondes : Muspellheim est avalé d’un trait, sans même rajouter de sucre, Neiflheim est positionné sur « souffle zéro » d’un geste quasi-mécanique, sans même un regard.
Et comme dans les vieilles légendes, la réalité me rattrape et m’oblige à m’extraire du lit, telle l’épée du géant du feu Snurt qui fendit en deux le formidable arbre mythologique, et porta à la destruction l’ensemble des royaumes.
Mais à l’épée de feu succède la douche.
Froide.
Un peu comme le temps d’ailleurs.
Un peu comme mon humeur ce matin aussi.
A croire que je me détache peu à peu de ce qui m’entoure, ce qui expliquerait que ma douche me fait l’effet d’une pluie glacée...
…Ou alors, l’autre explication serait que j’ai oublié de régler la température du jet d’eau, ce qui serait à l’origine de ma douche froide.
Autant pour moi.
Erreur vite corrigée, et mon humeur s’améliore au fur et à mesure que les volutes de vapeurdansent autour de moi, emprisonnant toute pensée négative sous une chape formée de milliers de mains de vapeur.
Après cette renaissance aquatique, le petit déjeuner est vite englouti, mais je prends quand même quelques minutes pour savourer mon café (le deuxième en tout, et le premier depuis la fin d’Yggdrasil si vous avez réussi à suivre.) tout écoutant « Master of Puppets » de Metallica.
La version symphonique hein, non pas que la version originale de 1986 me déplaise, bien au contraire…Mais lorsque les instruments menés à la baguette, et c’est le cas de le dire, de Michael Tilson Thomas accompagnent les guitares de James Hetfield et de Kirk Hammett, je suis littéralement soufflé.
Mais laissons là, à contrecœur je le reconnais, soli de guitares et tasses de café vides, je dois prendre le train.
En arrivant à la gare, je m’apprête à valider mon billet. J’insère donc ce dernier dans la machine prévue à cet effet :
« Veuillez retourner le billet. »
Nouvel essai de ma part :
« Veuillez retourner le billet. »
Nouvel essai de ma part :
« Veuillez retourner le billet. »
Décidément, ce tas de ferraille est têtu. Il me metau défi de valider le bout de carton que je tiens de plus en plus nerveusement entre mes doigts, et le même message narquois s’affiche jusqu’à épuiser toutes les possibilités habituelles de validation.
Dualité de l’homme et de la machine.
Je regarde brièvement autour de moi, dans l’attente du moment où les musiques du grand Ennio Morricone vont retentir, et donner toute la saveur westerno-spaghettinienne que cet affrontement mécano-humain mérite, affrontement aux enjeux presque aussi cruciaux que ceux de Terminator de James Cameron ou d’un Matrix des frères Wachowski.
Non, pas d’Ennio ? Bah, tant pis.
Finalement, au terme d’une lutte sans pitié, la machine finit par s’incliner et je me dirige vers le quai, sans être trop sur de ma victoire, mais en possédant toutefois la validation nécessaire, tel un précieux sésame.
Et non,je ne suis pas sûr de ma victoire, loin de là… Car je me suis toujours demandé, lorsqu’une machine quelconque refuse un billet, une carte ou une pièce de monnaie, et qu’après plusieurs tentatives de notre part, si elle finit par accepter ce qu’il lui est destiné par pur dépit ou parce que nous avons enfin réussi à le lui présenter convenablement.
Mettons nous à la place de cette saloper… euh, de ce brave tas de ferraille.
Je m’imagine l’appareil avec qui je viens de batailler, en train de se dire dans son for intérieur lors de l’affrontement :
« Pff …L’imbécile…Encore un qui s’est planté pour insérer le billet. Allez mon vieux, recommence.»
Nouvel essai de ma part :
« Mais…C’est pas vrai ! C’est qu’il insiste en plus ? Ça lui suffit pas de se planter une fois ? »
Nouvel essai de ma part :
« Alors là, ...pas capable de comprendre qu’il se plante…Non, non, ‘faut qu’il persiste dans l’erreur ! »
Puis au bout de quelques minutes :
« Mon Dieu, mais quel abruti ! Bon, ton billet, je vais te le valider quand même mon grand, hein ? Parce que là, c’est pas que, mais à ce rythme-là, on y est jusqu’à ce soir… »
Les machines ne peuvent certes pas nous faire de mal, comme le stipulentlesTrois Lois de la Robotique,énoncées par l’auteur russe Isaac Asimov, mais j’ai malgré tout l’impression qu’elles réussissent parfois à nous ennuyer du mieux qu’elles le peuvent.
Mon train est pris, la bousculade sur les quais de la gare est évitée avec plus ou moins de succès, et me voilà à attendre le prochain tramway, en sifflotantYou shook me all night longd’AC/DC.
Mon cours est fini. Tout comme ma journée. Mes pensées s'échappent au fil des marches que je dévale. Presque toutes mes pensées, j'en garde quand même une ou deux sous le coude, au cas où comme l'on dit. Et parmi elles, l'idée d'un cappuccino fumant n'est pas écartée, loin de là.
Les escalier sont derrières moi. Je vais franchir la porte, mes pas m'emmènent vers elle, j'ai déjà la main sur le battant, je l'ai passée depuis une poignée de seconde, mon esprit en tout cas est en-dehors du bâtiment. Et le reste de mon corps s'apprête à le rejoindre.
Un instant, je vais manquer à l'une de mes habitudes. Consulter une sorte d'étagère, un rebord où s'entasse une liste de paperasse longue comme le bras. Des prospectus divers et variés, des listes de programmes et d'événements culturels hétéroclites, des annonces en tout genre placardées sur le mur et quelques magazines gratuits et parfois produits en free-lance.
Et en général, mis à part une critique cinématographique que j'apprécie particulièrement, et quelques curiosités qui émergent de temps à autre et que je parcours dans le train du retour, je n'emporte rien de cette étagère.
Mais ce jour là, un prospectus sur la rencontre entre l'Occident et l'Orient orné d'un tableau attira mon regard et jeta les bases d'une curiosité qui allait être rapidement assouvie, et d'une rencontre plus ou moins hasardeuse.
Le détail qui me frappa le plus était l'incohérence entre le tableau et le sujet qu'il illustrait ; alors que la conférence portait sur le Moyen-Orient, le tableau me semblait d'origine asiatique. J'emportais avec moi un des exemplaires, et arrivé chez moi, à peine avais-je accroché mon manteau que je lançais une recherche sur ce que j'avais pris au premier abord pour un tableau, et qui se révéla finalement être une estampe.
Une estampe du peintre chinois Shí Tāo, pour être plus précis. Je parcourais rapidement la toile afin d'avoir un aperçu de celles qu'il avait pu réaliser. Il en avait réalisé un paquet. Et de magnifiques. Il était loin d'être un rigolo le bougre. Et je me rappelle avoir contemplé plusieurs de ces toiles, plusieurs paysages, à la fois similaires et uniques comme on découvre un monde. Et je les contemple de la même manière, avec un œil toujours nouveau, toujours curieux, toujours émerveillé.
Je hais la réalité, mais c’est le seul endroit où l’on peut manger un bon steak.
Cette déclaration, hilarante à mon avis, résume parfaitementla réalité, un endroit parfois peu agréable, mais qui fourmille de mille et une petites merveilles qui n’attendent plus que le regard qui se posera sur elles.
Un rayon de soleil à travers les aiguilles d’un sapin, un sourire, un lever de soleil qui perce les nuages et que vous apercevez à travers la vitre du TER qui vous amène au boulot, ou encore un billet trouvé par terre…Chacun à ses propres trésors, qu’il n’échangerait pour rien au monde, même lorsqu’il râle contre cette même réalité.
Les français eux, sont à exclure : râler est un trait de caractère du peuple français, même quand tout va bien
Voilà ce que veut dire, à mon avis Woody Allen lorsqu’il tient de tels propos. Si je me suis planté, qu’il me contacte.
A noter que les végétariens pourront toujours considérer le steak comme étant un steak de soja.
Mais c’est aussi ce qui fait la beauté et la force d’une œuvre artistique, c’est qu’en plus de cet aspect d’ensemble qui séduira la plupart des gens,il y aura une toujours une infinité de détails et de particularités qui sembleront tour à tour inutiles à l’un et cruciaux au second, et qui contribueront malgré tout, à la majesté finale d’une œuvre.
Fantastique, pas vrai ?
La littérature réussit brillamment cette folle gageure, ce 13ème travail d’Hercule, qui est d’ouvrir des horizons sur divers domaines, d’embrasser quasiment toute chose ici-bas, tandis qu’elle semble souvent se traîner l’image peu émérite d’un tas de vieux livres poussiéreux et aux idées d’un autre âge…
Et pourtant, ouvrir un bouquin, c’est ouvrir son esprit à une multitude de choses dont vous ne soupçonniez même pas l’existence, quand bien même elles vous tomberaient sur le coin du nez.
Intéressez vous à Freud et paf ! La psychanalyse, la conscience et le subconscient s’invitent tout de go, accompagnés d’une bonne dose de philosophie !
LisezLe guépardde Lampedusa et vlan ! C’est l’histoire de l’Italie elle-même qui tombe du ciel !
Saluons aussi les digressions de Hugo ; pour de tels écarts de plume, il devait aimer la vie ce bougre !
Plongez vous dans les écrits de Georges Orwell et d’Aldous Huxley, les deux complices, et vous réaliserez que les écrits d’hier peuvent se révéler comme étant les avertissement d’aujourd’hui !
Et c’est loin d’être fini ! Lisez encore Tolstoï, Goethe, Rousseau, Nietzsche, Kant, Kafka, Platon, Diderot, Grimm et mille autres ! Et vous n’aurez qu’un aperçu de la force, de la beauté de la littérature !
Chapeau bas messieurs !
Et après, on me bassine avec ces parents qui-ne-veulent-pas-mettre-leurs-gosses-en-littéraire-car-littéraire-ça-sert-a-rien-et-ça-n’offre-pas-de-débouchés…
Je ricane. Et je reprends mon souffle, car une tirade pareille, c’est jamais plus d’une fois toutes les cinq minutes.Comment, je suis à l’écrit ? Tiens, c’est vrai. Sans doute pour ça que je ne suis pas essoufflé…
Mais allons, changeons un peu de sujet, a force de parler sérieusement, je vais devenir ennuyeux et ça me déplairait beaucoup.
Revenons donc à notre réalité, à ces petits moments fugaces que l’œil humain capture de la même manière que ces peintres japonais saisissent la beauté des choses .Comme Sesshū, qui peignait admirablement, et qui se servait de plusieurs lavis d’encre de Chine afin de fixer la beauté de ce qu’il avait sous les yeux.
Ouais, bon enfin, le Sesshū, je doute qu’il aura jamais l’opportunité de fixer un lever de soleil vu depuis un compartiment de TER, un Lundi matin, je vous l’accorde.