dimanche 17 janvier 2010

Réveil mythologique, cafés & lutte contre la machine.

5h52.


Je m’éveille péniblement, j’allume le ventilateur situé à coté de mon lit, je file me faire une tasse de café, avant de replonger vers la douce quiétude de la couette.


D’un coté, ma tasse de café bien chaude, dont je sens l’odeur au creux de mes narines et la chaleur au bout de mes doigts. Muspellheim. Le monde du feu dans la mythologie scandinave.


De l’autre, le souffle froid du ventilateur le long de ma plante de pied, et accessoirement, le long de mon mollet, ce qui me donne la chair de poule. Neiflheim. Le monde de glace, toujours chez les scandinaves


Et au milieu…moi. Midgard. Le royaume humain, intermédiaire et ambivalent au possible. Et non je n’ai pas consommé d’alcool pour avoir des idées pareilles. Pas encore en tout cas.


Neuf fois sur dix, de telles idées me viennent lorsque je m’installe tranquillement dans un endroit que je juge propice à l’écriture. Mais il arrive de temps à autre que l’inspiration s’invite dans mon cerveau, un peu comme un ami qui vous appelle pour passer chez vous, alors qu’il est déjà devant la porte. Et je ne refuse jamais à mon inspiration l’autorisation d’entrer et de faire comme chez elle.


Et là, peu importe ou presque où je suis et ce que je suis en train de faire. Que je sois en pleine rue, chez moi ou chez des amis, voire même en train de suivre des cours. Il faut que je couche ma pensée à l’écrit, que cela soit sur du simple papier, sur mon portable, ou même sur un journal, et peu importe pour ceux qui se trouvent autour de moi.


Mais passons vite cette digression, et revenons à mon lit, ma tasse ce café et à mon ventilateur. Enfin quand je dis revenons, vous, vous y repensez juste, moi je m’y trouve.


Me voilà donc Midgard, entre le souffle givré du Neiflheim et l’onde brûlante du Muspellheim, en train de reposer paisiblement dans mon lit, qui à l’instar du légendaire Yggdrasil, l’Arbre-Monde soutient les neuf mondes.

Hélas, le réveil annonce le Ragnarok, la grande destruction des mondes : Muspellheim est avalé d’un trait, sans même rajouter de sucre, Neiflheim est positionné sur « souffle zéro » d’un geste quasi-mécanique, sans même un regard.

Et comme dans les vieilles légendes, la réalité me rattrape et m’oblige à m’extraire du lit, telle l’épée du géant du feu Snurt qui fendit en deux le formidable arbre mythologique, et porta à la destruction l’ensemble des royaumes.


Mais à l’épée de feu succède la douche.

Froide.

Un peu comme le temps d’ailleurs.

Un peu comme mon humeur ce matin aussi.


A croire que je me détache peu à peu de ce qui m’entoure, ce qui expliquerait que ma douche me fait l’effet d’une pluie glacée...


…Ou alors, l’autre explication serait que j’ai oublié de régler la température du jet d’eau, ce qui serait à l’origine de ma douche froide.


Autant pour moi.


Erreur vite corrigée, et mon humeur s’améliore au fur et à mesure que les volutes de vapeur dansent autour de moi, emprisonnant toute pensée négative sous une chape formée de milliers de mains de vapeur.

Après cette renaissance aquatique, le petit déjeuner est vite englouti, mais je prends quand même quelques minutes pour savourer mon café (le deuxième en tout, et le premier depuis la fin d’Yggdrasil si vous avez réussi à suivre.) tout écoutant « Master of Puppets » de Metallica.

La version symphonique hein, non pas que la version originale de 1986 me déplaise, bien au contraire…Mais lorsque les instruments menés à la baguette, et c’est le cas de le dire, de Michael Tilson Thomas accompagnent les guitares de James Hetfield et de Kirk Hammett, je suis littéralement soufflé.


Mais laissons là, à contrecœur je le reconnais, soli de guitares et tasses de café vides, je dois prendre le train.



En arrivant à la gare, je m’apprête à valider mon billet. J’insère donc ce dernier dans la machine prévue à cet effet :

« Veuillez retourner le billet. »


Nouvel essai de ma part :

« Veuillez retourner le billet. »



Nouvel essai de ma part :

« Veuillez retourner le billet. »


Décidément, ce tas de ferraille est têtu. Il me met au défi de valider le bout de carton que je tiens de plus en plus nerveusement entre mes doigts, et le même message narquois s’affiche jusqu’à épuiser toutes les possibilités habituelles de validation.


Dualité de l’homme et de la machine.


Je regarde brièvement autour de moi, dans l’attente du moment où les musiques du grand Ennio Morricone vont retentir, et donner toute la saveur westerno-spaghettinienne que cet affrontement mécano-humain mérite, affrontement aux enjeux presque aussi cruciaux que ceux de Terminator de James Cameron ou d’un Matrix des frères Wachowski.


Non, pas d’Ennio ? Bah, tant pis.


Finalement, au terme d’une lutte sans pitié, la machine finit par s’incliner et je me dirige vers le quai, sans être trop sur de ma victoire, mais en possédant toutefois la validation nécessaire, tel un précieux sésame.

Et non, je ne suis pas sûr de ma victoire, loin de là… Car je me suis toujours demandé, lorsqu’une machine quelconque refuse un billet, une carte ou une pièce de monnaie, et qu’après plusieurs tentatives de notre part, si elle finit par accepter ce qu’il lui est destiné par pur dépit ou parce que nous avons enfin réussi à le lui présenter convenablement.



Mettons nous à la place de cette saloper… euh, de ce brave tas de ferraille.


Je m’imagine l’appareil avec qui je viens de batailler, en train de se dire dans son for intérieur lors de l’affrontement :

« Pff …L’imbécile…Encore un qui s’est planté pour insérer le billet. Allez mon vieux, recommence.»


Nouvel essai de ma part :

« Mais…C’est pas vrai ! C’est qu’il insiste en plus ? Ça lui suffit pas de se planter une fois ? »


Nouvel essai de ma part :

« Alors là, ...pas capable de comprendre qu’il se plante…Non, non, ‘faut qu’il persiste dans l’erreur ! »


Puis au bout de quelques minutes :

« Mon Dieu, mais quel abruti ! Bon, ton billet, je vais te le valider quand même mon grand, hein ? Parce que là, c’est pas que, mais à ce rythme-là, on y est jusqu’à ce soir… »


Les machines ne peuvent certes pas nous faire de mal, comme le stipulent les Trois Lois de la Robotique, énoncées par l’auteur russe Isaac Asimov, mais j’ai malgré tout l’impression qu’elles réussissent parfois à nous ennuyer du mieux qu’elles le peuvent.


Mon train est pris, la bousculade sur les quais de la gare est évitée avec plus ou moins de succès, et me voilà à attendre le prochain tramway, en sifflotant You shook me all night long d’AC/DC.

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